Lorsque Freddie Hubbard enregistre
Red Clay, il est déjà une star de la trompette et un des piliers de l'écurie Blue Note. Entouré de Joe Henderson au sax ténor, Herbie Hancock aux claviers, Ron Carter à la contrebasse et
Lenny White à la batterie, c’est pourtant pour le Label CTI qu’il enregistre son meilleur album, son préféré à titre personnel. Le trompettiste y impose son style, un hard bop gorgé de blues
et de funk. Aucun temps mort, les solistes fougueux, lyriques et torrides virevoltent galvanisés par le groove infernal d’une rythmique imparable.
Cerise sur le gâteau, la réédition propose une version live de Red Clay, époustouflante jam session enregistrée le 19 Juillet 1971, dans laquelle Hubbard et Carter reçoivent le renfort
de George Benson, Stanley Turrentine, Johnny Hammond, Airto Moreira et Billy Cobham pour une séance de funk bouillant à faire lever un mort.
Booker Little
est une étoile filante. Il commence la trompette à quatorze ans, six ans plus tard Sonny Rollins le présente à Max Roach dont il integrera le quintet après la mort de Clifford Brown. Dès
l'année suivante il se produit avec John Coltrane, avant de collaborer avec Mal Waldron, Abbey Lincoln et Eric Dolphy... Il meurt deux ans plus tard à l'âge de 23
ans.
Il aura entre temps - après trois ans de carrière - enregistrer plus d'une
dizaine de disques en tant que sideman ou leader. Parmis eux, un certain nombres de jalons du jazz : les cultissimes séances Africa Brass Sessions de John Coltrane, le Straight Ahead
d'Abbey Lincoln, la freedom now Suite de Max Roach, le Five Spot d'Eric Dolphy ... et son epoustouflant Out front ! Enregistré en leader avec Julian Priester, Eric Dolphy, Don
Friedman, Ron Carter, Art Davis et Max Roach il expose ses idées avangardistes - mais jamais inabordables - des questions harmoniques et de l'arrangement. Car si Booker Little n'a jamais cessé
d'être audacieux et d'avoir une longueur d'avance dans l'art de repousser l'improvisation dans ses retranchements, il ne s'est jamais défait de cette légèreté classieuse qui rend à chacun
sa musique immédiatement évidente.
Si Ramsey Lewis a connu une carrière inégale, la période 60-67 atteint pour le moins des sommets. L'incorporation de rythm 'n blues, de gospel, de boogaloo et de pop à ses
compositions rend sa musique facilement accessible et ses premiers
hits « The Inn Crowd » et « Hang on Sloopy » atteignent un public très vaste.Nous le suivons ici -accompagné de la redoutable
rythmique Eldee Young / Red Holt - le long d'un road movie jubilatoirement swing, frénétiquement dansant, contagieusement festif qui fit basculer les thermostats des clubs de Chicago et Washington sur "RED HOT" pour la plus grande joie d'un public
surexcité et expansif.
Lorsque Cannonball Adderley et Bill Evans décident d'enregistrer cet album, ils se connaissent déjà bien. Ils ont joué ensemble pendant une année
en 1958 avec le Miles Davis Sextet et participés à l'enregistrement du mythique Kind of Blue. Cette réunion mémorable est complétée par le support rythmique de la moitié du Modern Jazz
Quartet : Percy Heath et Connie Kay. Alliage de swing et de délicatesse, la complémentarité des deux
protagonistes - la fougue d'Adderley et le jeux tout en introspection de Bill Evans - fait merveille. La musique, tout en swing décontracté,
lyrique, passionnée et passionnante, réfléchie mais non prétentieuse est un miracle d'équilibre. Le pianiste y est tout simplement exceptionnel tant au niveau des soli que des
accompagnements et le saxophoniste tout en rondeur bluesy, d'une rare fluidité ne fait pas mentir sa réputation de générosité.
Drôle de destin que celui d'Elek Backsik. Né en 1926
à Budapest où il apprend le violon au conservatoire et la guitare en autodidacte, il débarque à Paris en 1959. A son arrivée, il remplace au Mars Club Pierre Cullaz appelé
sous les drapeaux.
Il y trouve l'occasion de fréquenter tout le gotha du jazz américain au cours de boeufs mémorables.
Commence alors l'irrésistible ascension d'Elek Bacsik.
Après un premier album The Electric guitar of the ecclectic Elek Bacsik très remarqué il fait un malheur au festival de Juan-les-pins. Dizzy Gillespie qui enregistre un album sur
place composera d'ailleurs un morceau à son honneur for the gypsies.
Il devient alors une grande vedette en France, accompagne tous les artistes de chansondu moment (Barbara, Serge Gainsbourg, Claude Nougaro, Jacques Higelin, Jeanne Moreau, Juliette Gréco, Sacha
Distel...) apparait dans Paris Match et assoit sa réputation en réalisant un intelligent compromis entre l'âme tzigane et le style américain.
le succès aidant, Elek Bacsik entreprend de se lancer à la conquête des USA. Sa popularité elle, ne traversera jamais l'Atlantique et Elek Bacsik passera, en une trentaine d'années, du
firmament des stars à un quasi anonymat qu'il ne méritait certainement pas.