Lundi 24 juillet 2006

En 1956, au cours d'une tournée en Amérique du Sud entreprise sous l'égide du département d'état américain, Dizzy Gillespie rencontre, à Buenos Aires, le jeune Lalo Schifrin qui dirige alors un big band pour la télévision argentine. Il lui demande après l'avoir entendu au piano s'il désire venir avec lui aux USA comme membre de son Quintette.  

Quelques semaines plus tard, Lalo Schifrin se voit proposer par le trompettiste d'écrire un titre ou deux pour la formation. Le pianiste lui présente alors "Gillespiana", une suite somptueuse de cinq mouvements pour big band, orchestrée et dédiée à la personne du leader. Racines plurielles, pérégrinations aux rythmes Afro-latino-américains ou lorsque le swing du jazz se pare des richesses des rythmes latins et des structures narratives de la suite classique. 

Un hymne solaire qui ouvre grand les portes du jazz à cet immense compositeur parfois un peu rapidement confiné à ses célèbres génériques de "Mission Impossible", "Mannix" ou de "l’Inspecteur Harry"  et qui  permet à Dizzy Gillespie de se laisser aller à toutes les audaces acrobatiques

A noter que l’album se conclut  par un concert au  Carnegie Hall enregistré quelques mois plus tard qui laisse la part belle aux compositions de Dizzy et aux arrangements de son protégé pour un big band de vingt-deux musiciens.

 

Mardi 11 juillet 2006

Lorsque Kenny Dorham quitte les Jazz Messengers à la fin de l'année 1955, il décide alors de fonder son propre groupe, les Jazz Prophets, sur le même modèle. 

Le trompettiste s’entoure d’un quintet comprenant J. R. Monterose au ténor, le jeune Bobby Timmons au piano, Sam Jones à la contrebasse et le batteur Arthur Edgehill pour proposer un jazz bluesy, subtil, rythmé et aérien. 

L’aventure ne durera qu’un an à peine, le groupe rencontre des problèmes financiers et Kenny Dorham est alors engagé par Max Roach pour remplacer Clifford Brown après le décès accidentel de celui-ci . 

Reste ce live au café Bohemia, avec pour l’occasion l’adjonction du guitariste Kenny Burrell - qui vient de terminer l’enregistrement de son premier disque la veille - sur quelques titres. Merveille de spontanéité, d’une richesse mélodique absolument renversante  et au swing d’une générosité festive totalement imparable, ce disque nous offre l’instantané d’un groupe à la beauté éphémère en état de grâce.

 

 

 

 

 

Lundi 3 juillet 2006

Il est probable que peu de disques ont aussi bien porté leur nom. Du génie, Coleman Hawkins en a à revendre et on ne lui doit rien de moins que la paternité du saxophone ténor. 

Accompagné par le toujours sublime groupe d’Oscar Peterson, composé d’Herb Ellis à la guitare, Ray Brown à la basse et Alvin Stoller à la batterie, qui mérite à lui seul l’écoute de cet album, the Bean distille ses improvisations d’une façon évidente et définitive, avec sensualité et émotion, comme un vieil amoureux contant une histoire vécue tant de fois qu’elle fait partie de sa chair mais qu'il prend pourtant plaisir à réinventer, à magnifier à chaque évocation. Lyrique, moelleux, mordant, le Faucon plane sur ces mélodies qu’il a faites siennes, goûte les harmonies, joue avec les couleurs et les timbres et nous donne sa définition du génie et de la perfection. Une grande leçon de musique. 

 

Dimanche 25 juin 2006

En 1969, Charlie Haden fonde le Liberation Music Orchestra.

Le contrebassiste militant de la gauche américaine a l’idée de saluer les brigades internationales et engage un commando d’improvisateurs : Carla Bley, Don Cherry, Dewey Redman, Roswell Rudd, Howard Johnson, Paul Sorrow, Gato Barbieri… 

Le répertoire est principalement composé de chants populaires datant de la guerre civile espagnole, de compositions de Carla Bley ainsi qu’un titre de son ancien leader Ornette Coleman. 

Œuvre d’une puissance peu commune, l’album qui connut d’abord le succès chez les intellectuels européens avant de gagner une reconnaissance mondiale résonne comme un écho d’hymnes au combat, clameurs libertaires et purs moments d’émotion, avec ses arrangements de chants contestataires et sa section de vents déployant des alliages sonores inouïs. Un message musical et idéologique encore furieusement d’actualité.

Mercredi 21 juin 2006

Cet album est le dernier volet d’une série de huit enregistrements pour Pablo permettant d’entendre Art Tatum dans diverses formations. Même si c’est souvent seul que le pianiste arrive au bout de lui-même et se révèle totalement, lorsque ses diaboliques variations rythmiques et ses sophistications harmoniques rencontrent la sonorité ample et soufflée de Ben Webster le miracle n’est jamais très loin. 

Avec le bassiste Red Callender et le batteur Bill Douglass, le saxophoniste commet l’exploit de composer avec les bourrasques du maître en conservant sa sonorité voluptueuse d’un bout à l’autre de l’enregistrement. Il nous offre du même coup l’une des plus somptueuses portes d’entrée pour découvrir l’univers de Tatum dont la conception orchestrale du piano et la vélocité pyrotechnique médusa les plus grands virtuoses classiques tels que Vladimir Horowitz ou Arthur Rubinstein.

  

 

 

 

Texte libre


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