Samedi 17 juin 2006

Pionnier du Free Jazz, compositeur, pianiste et claviériste, philosophe, cosmologue et natif de Saturne, Sun Râ a traversé la galaxie en compagnie de son big band Arkestra pour répandre sa bonne parole sur le monde. 

Loufoque ? Sous-estimer Sun Râ serait une erreur monumentale et cet album de 1958 qui laisse entendre les prémices des explorations saturniennes à venir en est une preuve flagrante et est en tout point passionnant. Premier des grands chefs-d’œuvre de l’Arkestra, avec des solistes de tout premier plan tels que le tromboniste Julian Priester, le saxophoniste baryton Charles Davis, le saxophoniste alto Marshall Allen ou le fantastique saxophoniste ténor John Gilmore, il navigue entre la fougue du hard bop naissant, les envolées lyriques des improvisions libres à venir, de majestueux arrangements ellingtoniens laissant une place importante aux invraisemblables odes cosmiques visionnaires et pourtant totalement et profondément ancrées dans l’histoire afro-américaine, qui ne seront pas sans trouver quelques échos dans les décennies à venir 

 

 

par Pascal publié dans : Sun Ra
Jeudi 15 juin 2006

Cette soirée de juillet 1957 au festival de Newport est clairement placée sous le signe du swing compulsif, des arrangements rutilants et de l’énergie explosive de la plus belle machine à swing dont on puisse rêver. 

L’orchestre, véritable all stars composé entre autre de Roy Eldridge, Thad Jones, Frank Foster, Illinois Jacquet, Lester Young, Freddie Green et tant d’autres musiciens à qui le jazz doit d’être ce qu’il est, joue à s’en faire éclater le cuivre, fait swinguer la foule hystérique jusqu’à l’ivresse. Les pupitres chauffés à blanc crachent leur blues exacerbé tandis que les solistes se lancent dans des joutes à perdre haleine.   

Cerise sur le gâteau, Jimmy Rushing, prototype même du blues shouter surnommé « Mister Five by Five » en raison d’une taille équivalente à son épaisseur, et le célèbre crooner bluesy Joe Williams donnent de leur voix énorme, ample et généreuse, enfoncent le clou et terrassent les quelques spectateurs encore debout au terme de ce concert mirifique.    

  

 

 

Lundi 12 juin 2006

Sonny Rollins est déjà le colosse du saxophone que l'on connaît lorsqu'il choisit, pour cet enregistrement légendaire dans l'antre mythique du Village Vanguard, de se passer du soutien harmonique du piano dans une invraisemblable épure harmonique. Le souffleur, ici en trio, attise son inspiration auprès de deux tandems rythmiques de choc, Pete La Roca et Donald Bailey pour l’après-midi et pour une version de "A night in Tunisia" le soir et Elvin Jones, le maître des tambours, et l’élastique Wilbur Ware à la contrebasse pour la soirée. 

Cette formule, Sonny Rollins en raffole et désormais la fait sienne. Elle lui laisse une telle liberté qu’il peut à loisir se projeter dans un flot d'énergie incandescent dans de sublimes improvisations à la beauté hypnotique. Livré à lui-même, Sonny s’envole au dessus des rafales du futur compagnon de Coltrane, son imagination semble sans limites et ses sublimes soli abstraits et anguleux ressemblent à une course d’obstacles, fascinants jeux de piste d’une musique se renouvelant en permanence.

 

 

 

  

Jeudi 8 juin 2006

Le Modern Jazz Quartet - comprenant John Lewis, pianiste au toucher subtil et délicat, grand admirateur de Bach et fondateur du groupe, le fantastique batteur Kenny Clarke qui s’apprête déjà à laisser son tabouret à Connie Kay, le métronomique contrebassiste Percy Heath et Milt Jackson, vibraphoniste génial à l'inspiration fertile, aussi à l'aise sur le blues que sur la ballade – est l’un des initiateurs essentiels du " Third Stream ", ce  troisième courant qui, au milieu des années cinquante, a célébré les noces du jazz avec la musique européenne classique et contemporaine. 

Perfection de la forme, sensibilité de l'exécution, justesse des thèmes, le groupe distille un jazz de chambre dont l’esprit du blues ne sera jamais absent. 

Contesté à l’époque, jugé trop propre, trop strict, trop… leur swing délicat s'écoute pourtant toujours aujourd’hui avec autant de plaisir.

Ce "Django" composé en hommage au guitariste qui vient de mourir est une musique funéraire d’une grande clarté et d’une infinie délicatesse. C’est l’un des premiers grands classiques du groupe et un modèle d'équilibre entre sophistication et simplicité.  

 

Lundi 5 juin 2006

"Portrait in Jazz" est la quintessence de l’art d’un poète du clavier, qui pousse ici l’esthétique du trio jusqu’à ses limites ultimes.
Romantique et impressionniste, intimiste et lyrique, le pianiste prodige s’est forgé une solide réputation en enregistrant le fameux "Kind of blue" aux cotés de Miles Davis. 

Il quitte ensuite le trompettiste pour former un trio à son nom avec le contrebassiste hors norme Scott LaFaro et le batteur pointilliste Paul Motian. 

Un fabuleux vent de liberté souffle alors sur le groupe, un triangle parfait de tension et d'équilibre, entre sensible introspection et lyrisme puissant, le rôle de chaque instrument est redistribué pour se diriger vers une vision bien plus égalitaire et explorer comme jamais le langage contrapuntique de l’improvisation simultanée. 

La prospection systématique des ressources harmoniques des standards donne lieu à d’ahurissantes lignes mélodiques où chacun déploie son imagination afin de pousser chaque idée musicale dans ses derniers retranchements. 

Entre ballades langoureuses, extatiques, au temps suspendu, et montées en puissance irrésistibles, se cristallise un discours collectif brillant, point d'équilibre miraculeux dont le monde du jazz ne se remettra jamais vraiment.  

 

Texte libre


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