"Straight, no Chaser", enregistré en quartet avec Charlie Rouse au ténor, Larry Gales à la basse et Ben Riley à la batterie est le disque de la maturité absolue.
Grand prêtre de la dissonance, se jouant du silence autant que de la note pour mener au grandiose son sens du swing déséquilibré, le pianiste se permet toutes les audaces, reprend un air traditionnel japonais ou pousse le dépouillement sonore jusqu'au silence lorsque Charlie Rouse s’épand sur "Straight no Chaser". Le saxophoniste n’en a d’ailleurs cure, avec ou sans accords impossibles de Monk, il est ici comme un poisson dans l'eau et à chaque instant fait montre une insolente facilité. Monk brouille les pistes, il a ses propres lois et en dispose seul. Son jeu déroute. Novateur, chaque note résonne pourtant du stride de James P. Johnson. Totalement personnel, en marge de tout courant, Monk joue du Monk et c’est pourtant toute l’histoire de la musique afro-américaine qui défile sous ses doigts.
Musique universelle et atemporelle, féroce et dansante, complice mais piégeuse, les airs du moine sphérique n’ont pas fini de nous faire tourner le sang.
Billie Holiday et Lester Young se sont rencontrés dans une Jam Session de Harlem pour ne plus vraiment se séparer. La chanteuse doit au saxophoniste ce nom de lumière : « Lady Day » ; juste retour des choses, elle fera de lui son « président » lunaire.
Amis, âmes sœurs d’une connivence musicale extraordinaire, cette rencontre est à l’origine de leurs plus belles interprétations et les enregistrements réalisés entre 1935 et 1942 sont parmi les pages les plus inoubliables de toute l’histoire du jazz.
La sonorité légère, nonchalante, souple et moelleuse du saxophoniste s’emboîte parfaitement au chant sensuel et troublant de la chanteuse jusqu’à ne plus former qu’une douce plainte à la pureté diaphane.
Nulles mièvreries ou médiocrité ici, Pres et Lady Day sont capables de transcender n’importe quel air pour raconter leur propre histoire.
D’une sensibilité exacerbée, trop doux pour ce monde, ils connurent le destin tragique qu’on sait. Et lorsque Lester meurt le 15 mars 1959, Billie ne tarde pas à le suivre.
Second disque pour un Michel Petrucciani âgé alors d’à peine dix-huit ans. A l’aide de Jean-François Jenny Clark - contrebassiste à la sonorité ronde, sensuelle et profonde et musicien incontournable tant sur la scène du jazz que sur celle de la musique contemporaine - et d’Aldo Romano, batteur élégant et éminemment mélodique, il jette les bases de son jeu impétueux, volubile mais empreint d’une extrême tendresse qui fera de lui l’un des chefs de file du renouveau du Jazz français.
Fortement influencé par Bill Evans, le pianiste possède déjà une personnalité bien trempée et un style qui lui est propre où virtuosité, émotion et lyrisme se combinent à un toucher subtil. Il affirme son attachement à la mélodie et au raffinement harmonique en enregistrant ici deux compositions personnelles.
Les premiers pas d’une trop brève carrière qui lui fera côtoyer les étoiles.
"Blasé", manifeste free, replonge aux sources du blues, replonge aux sources de l’Afrique mère. Archie Shepp, alors fleuron de l'avant-garde la plus radicale, revisite savamment le cri primitif de toute l'histoire du peuple afro-américain.
Entouré de deux transfuges de l’Art Ensemble of Chicago – le trompettiste Lester Bowie et le contrebassiste Malachi Favors –, du batteur Philly Joe Jones, du pianiste Dave Burrell et de la superbe chanteuse, totalement habitée, Jeanne Lee, il impose une musique tendue, sombre et lyrique, d’une beauté à la sensualité hors norme. Révoltée, elle a le goût des luttes sociales et politiques de la communauté afro-américaine, brasier encore incandescent de désir catégorique de liberté retrouvée.
Le saxophoniste est alors totalement engagé dans le combat civique de son temps, et s'aventure dans des projets volontairement provocateurs et ouvertement politiques comme ce premier Festival Panafricain d'Alger - en 1969 toujours –, organisé par le FLN et accueillant des Black Panthers. Second volet de cette réédition qui voit notre saxophoniste et son quartette dialoguer avec des musiciens touaregs sur deux longues plages d’improvisations qui proclament le retour à la terre de ses pairs.
En 1962, Abdullah Ibrahim, alors Dollar Brand, quitte l’Afrique du Sud et le cauchemar de l’apartheid pour s’installer à Zurich. Un après, le destin lui fait de l’œil sous les traits du Duke en personne et l’extirpe d’un anonymat fort dommageable.
Belle histoire qu’on prendrait à tort pour l’acte de naissance de l’art du pianiste: à trente ans à peine, il a une carrière plus que conséquente derrière lui et une belle renommée dans son Afrique natale.
"Good news from Africa" brosse le portrait de ces années de jeunesse, une fusion originale entre Monk, Ellington et les traditions de sa terre natale.
Un chapelet de mélodies envoûtantes qui laissent à croire à l’évidence d’une culture de l’improvisation universelle.














