Lundi 12 juin 2006
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Sonny Rollins est déjà le colosse du saxophone que l'on connaît lorsqu'il choisit, pour cet enregistrement légendaire dans l'antre mythique du Village Vanguard, de se passer du
soutien harmonique du piano dans une invraisemblable épure harmonique. Le souffleur, ici en trio, attise son inspiration auprès de deux tandems rythmiques de choc, Pete La Roca et Donald Bailey
pour l’après-midi et pour une version de "A night in Tunisia" le soir et Elvin Jones, le maître des tambours, et l’élastique Wilbur Ware à la contrebasse pour la soirée.
Cette formule, Sonny Rollins en raffole et désormais la fait sienne. Elle lui laisse une telle liberté qu’il peut à loisir se projeter
dans un flot d'énergie incandescent dans de sublimes improvisations à la beauté hypnotique. Livré à lui-même, Sonny s’envole au dessus des rafales du futur compagnon de Coltrane, son imagination
semble sans limites et ses sublimes soli abstraits et anguleux ressemblent à une course d’obstacles, fascinants jeux de piste d’une musique se renouvelant en permanence.
Par Pascal
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Publié dans : Sonny Rollins
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Jeudi 8 juin 2006
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18:30
Le Modern Jazz Quartet - comprenant John Lewis,
pianiste au toucher subtil et délicat, grand admirateur de Bach et fondateur du groupe, le fantastique batteur Kenny Clarke qui s’apprête déjà à laisser son tabouret à Connie Kay, le métronomique contrebassiste Percy Heath et Milt Jackson,
vibraphoniste génial à l'inspiration fertile, aussi à l'aise sur le blues que sur la ballade – est l’un des initiateurs essentiels du " Third Stream ", ce troisième courant
qui, au milieu des années cinquante, a célébré les noces du jazz avec la musique européenne classique et contemporaine.
Perfection de la forme, sensibilité de l'exécution, justesse des thèmes, le groupe distille un jazz de chambre dont l’esprit
du blues ne sera jamais absent.
Contesté à l’époque, jugé trop propre, trop strict, trop… leur swing délicat s'écoute pourtant toujours aujourd’hui avec autant de plaisir.
Ce "Django" composé en hommage au guitariste
qui vient de mourir est une musique funéraire d’une grande clarté et d’une infinie délicatesse. C’est l’un des premiers grands classiques du groupe et un modèle d'équilibre entre sophistication
et simplicité.
Par Pascal
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Publié dans : Modern Jazz Quartet
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Lundi 5 juin 2006
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"Portrait in Jazz" est la quintessence de
l’art d’un poète du clavier, qui pousse ici l’esthétique du trio jusqu’à ses limites ultimes.
Romantique et impressionniste, intimiste et lyrique, le pianiste prodige s’est forgé une solide réputation en enregistrant le fameux "Kind of blue" aux cotés de Miles Davis.
Il quitte ensuite le trompettiste pour former un trio
à son nom avec le contrebassiste hors norme Scott LaFaro et le batteur pointilliste Paul Motian.
Un fabuleux vent de liberté souffle alors sur le groupe, un triangle parfait de tension et d'équilibre, entre sensible
introspection et lyrisme puissant, le rôle de chaque instrument est redistribué pour se diriger vers une vision bien plus égalitaire et explorer comme jamais le langage contrapuntique de
l’improvisation simultanée.
La prospection systématique des ressources harmoniques des standards donne lieu à d’ahurissantes lignes mélodiques où chacun
déploie son imagination afin de pousser chaque idée musicale dans ses derniers retranchements.
Entre ballades langoureuses, extatiques, au temps suspendu, et montées en puissance irrésistibles, se cristallise un
discours collectif brillant, point d'équilibre miraculeux dont le monde du jazz ne se remettra jamais vraiment.
Par Pascal
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Publié dans : Bill Evans
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Jeudi 1 juin 2006
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21:03
"Straight, no Chaser", enregistré en quartet
avec Charlie Rouse au ténor, Larry Gales à la basse et Ben Riley à la batterie est le disque de la maturité absolue.
Grand prêtre de la dissonance, se jouant du silence autant que de la note pour mener au grandiose son sens du swing
déséquilibré, le pianiste se permet toutes les audaces, reprend un air traditionnel japonais ou pousse le dépouillement sonore jusqu'au silence lorsque Charlie Rouse s’épand sur
"Straight no Chaser". Le saxophoniste n’en a d’ailleurs cure, avec ou sans accords impossibles de Monk, il est ici comme un poisson dans l'eau et à chaque instant fait montre une insolente
facilité. Monk brouille les pistes, il a ses propres lois et en dispose seul. Son jeu déroute. Novateur, chaque note résonne pourtant du stride de James P. Johnson. Totalement personnel, en marge
de tout courant, Monk joue du Monk et c’est pourtant toute l’histoire de la musique afro-américaine qui défile sous ses doigts.
Musique universelle et atemporelle, féroce et dansante, complice mais piégeuse, les airs du moine sphérique n’ont pas fini
de nous faire tourner le sang.
Par Pascal
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Publié dans : Thelonious Monk
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Lundi 29 mai 2006
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10:40
Billie Holiday et Lester Young se sont
rencontrés dans une Jam Session de Harlem pour ne plus vraiment se séparer. La chanteuse doit au saxophoniste ce nom de lumière : « Lady Day » ; juste retour des choses, elle fera de
lui son « président » lunaire.
Amis, âmes sœurs d’une connivence musicale extraordinaire, cette rencontre est à l'origine de leurs plus belles interprétations et les enregistrements réalisés entre 1935 et 1942 sont parmi
l es pages les plus inoubliables de toute l’histoire du
jazz.
Par Pascal
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Publié dans : Billie Holiday
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