Vendredi 22 octobre 2010
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A la question qu’est-ce que le
swing, bien des réponses sont possibles. L’une d’entre elle – la plus juste peut être - pourrait tout simplement passer par l’écoute du « Night train » du Oscar Peterson Trio.
Un répertoire composé essentiellement de standards dont le trio légendaire se joue tout en restant fidèle à l'esprit de
chaque chanson . La chimie entre les trois comparses est palpable, légendaire. Oscar Peterson, bluffant de dextérité swinguante n’a jamais semblé si à l’aise,
comme si la musique coulait librement de ses doigts ; Ray Brown ronronne, fait rouler sa basse de vieux matou a qui on ne la fait pas avec souplesse et rebond ; Ed Thigpen pour
qui la batterie se fait danse, virevolte, souligne, relance et titille comme la mouche du coche. Sous leurs doigts, les notes pétilles comme des bulles de champagnes et le groove balance, déboule
comme un train de nuit lancé à pleine vitesse.
Les musiciens s’en donnent à cœur joie et tout d’un coup l’auditeur à son insu voit son pied – la juste au bout de sa jambe
– suivre le tempo, la tête dodeliner en rythme et nul alors n’est réellement à l’abris d’une esquisse de pas de danse incontrôlé.
Si le « It dont mean a thing if it aint got that swing» d’Ellington peut être une
définition acceptable de cette musique que l’on nomme jazz, alors oui, le Night train d’Oscar Peterson a du sens et illustre à merveille cette si indéfinissable notion de
Swing.
Par Pascal
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Publié dans : Oscar Peterson
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Dimanche 17 octobre 2010
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Août 1962, ses multiples arrestations, notamment pour possession d’héroïne, ont coûté à Dexter Gordon sa fameuse carte lui permettant de jouer dans les clubs New Yorkais. Il est
contraint à l’exil vers une Europe plus clémente. Juste avant de boucler ses valises et de quitter les États- Unis pour une quinzaine d’années, le
saxophoniste enregistre à quelques jours d’intervalle deux des plus grands albums de sa carrière : A swingin’affair et Go ! Ce dernier, est de son propre avis sa plus grande
réussite. Entouré de Sonny Clark (piano), Billy Higgins (batterie) et Butch Warren (Contrebasse), il ne pouvait rêver meilleur tremplin pour signifier la fin de sa traversée du désert. Après
avoir été l’un des saxophonistes fondateur du bop, influencé les jeunes Coltrane ou Sonny Rollins, il réapparaît fort de toute l'expérience d'un homme plus âgé, absolument renversant de facilité, de sensualité. D’une volupté ensorcelante, il se
fait virtuose et lyrique, arpente les mélodies joyeuse et endiablées avec décontraction et nonchalance. Nocturne et intimiste, il est poignant dans les ballades.
Dans quelques jours Dexter s’envolera pour le vieux continent, pour nous le voyage a déjà commencé.
Par Pascal
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Lundi 11 octobre 2010
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Empyrean Isles est le quatrième album de Herbie Hancock pour le
label Blue Note. Il comporte deux de ses morceaux les plus populaires : One finger Snap et surtout Cantaloupe Island. Entièrement composé par le pianiste, la première audace de cet
enregistrement tient à la constitution même du groupe : Herbie Hancock a emprunté la rythmique de Miles Davis (Ron Carter et Tony Williams) chez qui il tient le piano depuis maintenant
un an et y a adjoint le trompettiste Freddie Hubbard. En abandonnant la formule classique du quintet et en se passant des services du saxophone, le compositeur prend alors le risque de perdre en
richesse sonore et un affaissement global du rendu de ses compositions.
Le quatuor pallie à cet inconvénient par un surcroît d’énergie, Herbie enchaîne les motifs complexes soutenu par la ferveur frénétique du contrebassiste et du
batteur tandis que Freddie Hubbard survole ce tapis rythmique tumultueux du haut de son étourdissante amplitude et puissance de jeu.
Mais l’originalité de la structure de l’ensemble est loin d’être la principale source de singularité d’ Empyrean Isles .
Chacune de ses quatre compositions est un orfèvre d’inventivité et d’intensité où le sacro-saint thème est balayé d’un revers de main pour laisser place à une
libre improvisations de mélodies, matériel thématique de l’urgence malaxé par ce quatuor d’architectes de l’instant. A ce titre One finger Snap fût l’un des premiers titres à rejoindre le real
book (recueil de standards le plus fréquemment utilisé par les jazzmen) sous la forme d’harmonisation de mélodie improvisée.
En ce sens, l'album échappe à toute tentative de catégorisation et ne craint pas le grand écart entre expérimentations avant-gardistes et titres très accessibles
tel son tube planétaire soul jazz aux sonorités blues et funk inoubliables Cantaloup Island.
Par Pascal
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Publié dans : Herbie Hancock
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Vendredi 8 octobre 2010
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Ce concert enregistré en 1975 à l'Opéra de
Cologne,qui a en partie ouvert les portes du jazz à un public qui n'y était pas habitué et connu un énorme succès populaire, qui jamais ne s’est démenti depuis, failli bien ne jamais avoir
lieu.
Le soir du concert, le pianiste ne peut obtenir à cause d'une grève le piano désiré pour l'occasion et se voit proposer un
piano de répétition de bien mauvaise facture et approximativement juste. Keith Jarrett déjà exténué par deux nuits sans sommeil, entre alors dans une colère noire, refuse le piano et décide
de tout annuler. Il changera d'avis in extremis, quelques minutes à peine avant l'heure de son entrée sur scène.
Le pianiste, ouvre alors facecieusement son récital par les quatre premières notes qui reprennent le thème musical de
la sonnerie de rappel de la salle de Cologne. Puis seul face au public, il happe littéralement la salle dans son univers de tendresse et de lyrisme. Avec virtuosité et profondeur, un sens accru
de la dramaturgie, il déambule entre tradition et modernité, suspend le temps, ses notes et livre une sorte de journal de ses paysages intérieurs.
Dernier coup du sort, heureux cette fois, le concert ne devait initialement pas être enregistré mais un technicien décida
de poser des micros pour les archives de la salle, sans cette initiative l'un des disques de jazz les plus vendus au monde et de l'album de piano solo le plus distribué de tous les temps
avec ses 3,5 millions d'exemplaires vendus n'aurait jamais vu le jour.
Par Pascal
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Publié dans : Keith Jarrett
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Mardi 5 octobre 2010
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Dans le panthéon des grands du jazz Thelonius Monk occupe une place unique et singulière. Peu de compositeurs ou
d’improvisateurs peuvent supporter la comparaison avec le pianiste en terme d’originalité.
Brilliant Corners étant incontestablement l’un de ses meilleurs albums, autant dire – pour faire simple – que nous sommes
ici en présence de l'un des plus grands disques de jazz.
Bien que Monk se soit entouré de la crème du jazz de l’époque - comme les saxophonistes Sonny Rollins et Ernie Henry, le
batteur Max Roach, le trompettiste Clark Terry ou encore le bassiste Oscar Pettiford parfois remplacé par Paul Chambers - le morceau éponyme, composition totalement révolutionnaire pour
l’époque, est d’une telle complexité qu’il fit suer sang et eau aux les musiciens réunis. La séance a duré 4 heures et a nécessité 25 prises pour un seul enregistrement composé de fragments des
diverses prises !!
Pour Monk cette musique était évidente et il ne comprenait pas pourquoi ces coéquipiers avaient tant de difficulté à la
jouer correctement. Ceci suscita une telle tension entre les musiciens que Pettiford ne voulut plus jamais jouer avec le pianiste.
Autre sommet de l'album, un Pannonica, particulièrement émouvant, d’une terrible intimité, composée pour la baronne
Pannonica de Koeningswarter, chez qui le pianiste passa les neufs dernières années de sa vie muré dans le silence.
Reste le "Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are" (ou simplement «Blues Bolivar", comme il a été plus tard rebaptisé) – ou l’art et la
manière de tordre un genre aussi familier que le blues, pour en faire une oeuvre au son totalement étranger et à la mélodie en permanent décalage . Un classique Monkien.
Brillant… vous avez dit brillant ?
Par Pascal
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Publié dans : Thelonious Monk
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