Si la Californie est un eldorado pour
beaucoup, elle fut un enfer pour l’altiste Art Pepper. De sa vie chaotique, cet écorché vif nous a cependant laissé une des musiques les plus intenses jamais jouées par un musicien de
jazz.
Le saxophoniste est ici en état de grâce ; capable d’aborder les tempos les plus vifs et les ballades avec la même aisance, il déploie dans les deux cas une capacité d’invention mélodique sans limite.
Remarquable par la richesse des ambiances, la puissance des rencontres, des frictions et des complicités, la session voit les cuivres chauffés à blanc de la crème des musiciens de la Côte Ouest de la fin des années 50 magnifier les hymnes qui ont fait l'histoire du jazz moderne : "Groovin High", "Round Midnight", "Shaw Nuff", "Bernie's Tune", "Anthropology", "Airegin", "Donna Lee"…
Si l’expression de « chef-d’œuvre » est bien trop souvent galvaudée, on ne prend aucun risque ici à qualifier de ce terme ce disque emblématique d’un musicien inestimable au sommet de son art.
Découvrez Art Pepper!
Erroll Garner au sommet de son art, ou quand un disque de Jazz devient un best-seller. Stupéfiant acrobate du clavier, le pianiste développe un style absolument personnel et fait le choix d’une approche du piano totalement orchestrale. Sa main gauche plaque sur chaque temps d’une cadence rythmique infernale un accord bien plein tandis que sa main droite développe dans une verve, une générosité, un lyrisme chatoyant des lignes mélodiques claires comme le jour. Sa puissance se dispute au sens de la nuance dans des structures rythmiques et harmoniques d'une hardiesse et d'une complexité étonnantes, toujours résolues dans ce qui paraît être la bonhomie et l'évidence. Les standards implosent littéralement sous son irrépressible swing massif et le public que l’on entend manifester son plaisir à maintes reprises ne s’y trompe pas.
Un trio en lévitation qui, refusant de toucher terre, vous étourdit de virtuosité et vous laisse totalement galvanisé.
Horace Silver est, avec Art Blakey, le chef de file d’un jazz hédoniste qui renoue ses liens avec ses racines et la notion de danse. Son credo, réinstaller le jazz dans son passé, puisque celui-ci, en réaction au jazz blanc de la Côte Ouest, n’est plus ressenti comme une tradition contraignante mais bel et bien un héritage fécondant.
"Song for my Father", son album le plus populaire, révèle son habileté à écrire des thèmes simples et efficaces, une musique joyeuse et décomplexée, qui multiplie les thèmes mélodiques aux influences extrêmement variées.
Du quintet, composé de Carmell Jones à la trompette, de l’excellentissime Joe Henderson au saxophone ténor, du bassiste Teddy Smith et du métronomique Roger Humphries, se dégage une grande cohésion et un profond plaisir de jouer cette musique expressive au swing musclé et efficace .
Une heure de musique jubilatoire, un torrent de swing et de fantaisie sans cesse renouvelé, qui fait s'envoler l'auditeur vers des sommets dont il est parfois bien difficile ensuite de redescendre.
Quand le grand trompettiste de la New Orleans rencontre la diva de Harlem pour un trio d’albums ("Ella & Louis", "Ella & Louis Again" et "Porgy & Bess"), le jazz se livre à de folles embardées aux écrins de cuivre et de cristal.
Ces enregistrements en duo sont un sommet de la discographie des deux artistes, une sorte de quintessence du jazz. L'alchimie y est parfaite, admirable d'équilibre et d'authenticité.
La voix de « Satchmo », espiègle et charmeur, est extraordinairement puissante, rocailleuse, servie par un talent d’improvisation exceptionnel capable de transformer n’importe quelle rengaine en une œuvre digne de passer à la postérité. Sa trompette omniprésente est solaire, ample et ronde. De son coté, « The First Lady of Song » est absolument juvénile et mutine. L’une des voix les plus brillantes et virtuoses de l’histoire du jazz.
Les deux premières rencontres arpentent un tapis de standards soutenus par une rythmique de grande classe avec Oscar Peterson au piano, Herb Ellis à la guitare, Louie Bellson ou Buddy Rich à la batterie et Ray Brown, mari d’Ella et magnifique contrebassiste s’il en est. Pour couronner le tout, le troisième volet présente une somptueuse version de "Porgy and Bess" avec un grand orchestre dirigé par Russell Garcia. Trois chefs d'œuvre d'un jazz indémodable incarné par un couple artistique éternel. Juste matière à jubiler durablement devant cet art suprême et bon enfant du swing et du chant qui envoûte les oreilles et fait croire en la beauté du monde.
Gene Krupa, batteur au style débridé et à l'énergie incroyable, se fit connaître dans l’orchestre de Benny Goodman avant de monter son propre Big Band. Il convie pour cet enregistrement l’incomparable Anita O’Day et l'un des plus brillants trompettistes de l'époque swing, Roy Eldridge dit « Little Jazz ». Tandis que la machine orchestrale de Krupa déploie des palettes de couleurs luxuriantes, déverse ses motifs joués à l’unisson par des sections étourdissantes de swing, Anita, avec aisance et décontraction, dialogue avec Roy Eldridge ici totalement gouailleur. Ce petit bout de femme, à l’existence aussi mouvementée que ses apparitions sur scène, développe un irrésistible swing canaille qui sait se faire tendre, sensuel et aguicheur. Un mélange détonnant d’humour et de complicité servi par une musique gourmande, généreuse et brillante à la joie de vivre communicative. 












