Cette fois ci, la messe est dite... Miles allume la chaudière du binaire, le diamant se craquelle et des torrents de lave fusion se répandent sur les 70's. Dépassant son statut de génie du jazz, the Prince of Darkness devient star, sa stature de gourou surplombe la jungle urbaine dans laquelle feulent ses entrelacs de rythmes vaudous qu’arpente une basse panthère noire. Plus question ici de thème, le rythme qui se déverse sert autant de moteur que de matériel thématique et Miles seul soliste surfe sur le magma sonore généré par les claviers de Joe Zawinul, Chick Corea et Larry Young, la guitare tendue de John McLaughlin, le sax acéré de Wayne Shorter, les fûts incantatoires de Jack DeJohnette, Jim Riley, Charles Alias, la basse hypnotique de Dave Holland ou Harvey Brooks et les plaintes animales de la clarinette basse de Bennie Maupin.
Les hordes bigarrées envahissent la ville et la musique ne sera plus jamais la même.

Quelques années après "Kind of blue" l'autre chef-d'œuvre.
Miles Davis renouvelle sa musique, son orchestre et convie la fée électricité à la séance pour enrichir l'espace sonore. Joe Zawinul à l'orgue, John McLaughlin à la guitare électrique, Wayne Shorter au saxophone soprano, un duo de pianistes, Chick Corea et Herbie Hancock, qui s’initient aux joies du fender rhodes, Dave Holland à la basse et le batteur Tony Williams pour une musique aérienne, aux formes abstraites et nébuleuses. Longue plainte méditative fascinante de mélancolie et d'exploration mélodique, qui semble flotter dans les airs, comme en équilibre entre le jazz et le rock de la fin des années 60.
En septembre 1948, Miles se produit en première partie de Count Basie au club Royal Roost. C’est l’occasion pour lui de présenter son tout nouveau nonette, formation inhabituelle dans une instrumentation qui ne l’est pas moins. Le cor anglais et le tuba, le trombone et le saxophone baryton se partagent la vedette avec les autres instruments rois du jazz. En 1954, une partie de ces faces est regroupée dans un 33-tours 25 cm, puis, en 1957, la totalité dans un 30 cm, sous le titre Birth of the Cool.
D'une sensibilité nouvelle et arrangées très audacieusement par Gil Evans et Gerry Mulligan, ces sessions semblent intemporelles. Les tempos tranchent avec les vivacités du bebop, les rythmes sont plus souples, les mélodies jouées avec douceur, les improvisations privilégient la décontraction et la suavité.
Cette collaboration entre Gil Evans et Miles Davis, servie par les solistes de haut vol que sont J.J. Johnson, Lee Konitz, Gerry Mulligan, John Lewis, Max Roach ou Keny Clarkle aboutit à l’acte de naissance du jazz cool, le début d’une belle aventure dont la modernité poétique prendra ses quartiers sur la Côte Ouest.
Indispensable, incontournable, inégalable...
S'il n'y avait qu'un disque de Jazz, si on ne devait en garder qu’un, ce serait celui-là, sans contestation possible.
"Kind Of Blue", c’est d’abord la réunion de six artistes de légende, la trompette envoûtante de Miles, la fougue du saxophone de Cannonball Adderley, les superbes envolées du sax ténor de Coltrane, le piano empreint de culture classique de Bill Evans, la basse de Paul Chambers et la batterie de Jimmy Cobb.
C’est un modèle de musique improvisée, une exploration douce et intimiste d'une sensualité prodigieuse pour de purs moments de grâce.
Insérez le Cd, lancez la lecture, le célébrissime riff de basse de "So What" s’élève dans les airs... que le voyage commence…




