Quand le grand trompettiste de la New Orleans rencontre la diva de Harlem pour un trio d’albums ("Ella & Louis", "Ella & Louis Again" et "Porgy & Bess"), le jazz se livre à de folles embardées aux écrins de cuivre et de cristal.
Ces enregistrements en duo sont un sommet de la discographie des deux artistes, une sorte de quintessence du jazz. L'alchimie y est parfaite, admirable d'équilibre et d'authenticité.
La voix de « Satchmo », espiègle et charmeur, est extraordinairement puissante, rocailleuse, servie par un talent d’improvisation exceptionnel capable de transformer n’importe quelle rengaine en une œuvre digne de passer à la postérité. Sa trompette omniprésente est solaire, ample et ronde. De son coté, « The First Lady of Song » est absolument juvénile et mutine. L’une des voix les plus brillantes et virtuoses de l’histoire du jazz.
Les deux premières rencontres arpentent un tapis de standards soutenus par une rythmique de grande classe avec Oscar Peterson au piano, Herb Ellis à la guitare, Louie Bellson ou Buddy Rich à la batterie et Ray Brown, mari d’Ella et magnifique contrebassiste s’il en est. Pour couronner le tout, le troisième volet présente une somptueuse version de "Porgy and Bess" avec un grand orchestre dirigé par Russell Garcia. Trois chefs d'œuvre d'un jazz indémodable incarné par un couple artistique éternel. Juste matière à jubiler durablement devant cet art suprême et bon enfant du swing et du chant qui envoûte les oreilles et fait croire en la beauté du monde.
En 1925, Louis Armstrong constitue un orchestre, le Hot Five, quelque temps élargi en Hot Seven, avec lequel il enregistre les premiers grands chefs d’œuvre de l’histoire du jazz pour la firme Okeh. "Saint-James Infirmary", "Muskrat Ramble", "West End Blues", sans parler de "Weather Bird", splendide duo avec le pianiste Earl Hines ; le trompettiste y redéfinit le rôle du soliste dans l'orchestre de jazz, transforme le jass polyphonique de la Nouvelle Orléans en une musique nouvelle où le soliste tient cette fois le premier rôle, accouchant du même coup du jazz moderne tel qu’on le joue encore aujourd’hui. Chanteur chaleureux et poignant, il invente le scat dans "Heebie Jeebies" parce qu'il a laissé tomber la feuille avec les paroles pendant la session et doit alors inventer le reste en les remplaçant par des onomatopées pour finir le chorus. Formidable trompettiste, improvisateur doué d’un sens musical parfait, Louis Armstrong s’impose dans ces plages en authentique génie dont la richesse d'inspiration allait rejaillir sur l'ensemble de la musique populaire du XXème siècle.




